Pourquoi manger santé ne coûte pas vraiment plus cher

Pourquoi manger santé ne coûte pas vraiment plus cher

Parmi les mythes autour de l’alimentation saine, le plus tenace est que manger sainement coûte extrêmement cher.

En fait, pas forcément.

Je ne parle pas bien sûr de comparer le prix d’un repas complet, équilibré, sain et biologique avec celui d’un repas en can ou d’un Kraft dinner (qui eux, restent en effet moins chers, mais à quel prix pour notre santé !), mais avec celui d’un repas « complet » traditionnel.

Quand on apprend à cuisiner sainement, on se rend très vite compte que manger santé est un mode de vie adaptable à tous les budgets et non un nouveau régime à la mode avec les produits marketing dispendieux qui vont avec.

Une nécessaire prise de conscience

En réalité, c’est surtout en investissement personnel que manger sainement coûte plus cher:

  • s’informer sur la qualité des produits qu’on achète,
  • lire les listes d’ingrédients,
  • comprendre les enjeux écologiques, éthiques et de santé de l’alimentation au travers d’articles ou vidéos sur l’état actuel de l’agriculture,
  • découvrir les réseaux de distribution en dehors des canaux habituels,
  • faire des choix de consommation différents qui nécessitent des périodes d’adaptation pour « remettre à zéro » son schéma de pensée…

Bref, cela demande un peu de temps et de curiosité. Mais c’est dans le fond du temps que l’on se consacre à soi-même.

C’est exactement pour cela que nous avons créé l’Académie Végétale : nous sommes bien plus qu’une école de cuisine car en enseignant la cuisine santé, biologique et responsable, nous aidons à la prise de conscience alimentaire. Si nous sommes ce que nous mangeons, arrêtons de manger n’importe quoi ! Cette prise de conscience est le premier pas vers plus d’amour et de respect pour soi.

Manger sainement, ce n’est pas passer d’une alimentation industrielle à une alimentation industrielle…bio.

Ou d’acheter des produits industriels sans gluten ou vegan. Manger sainement, c’est repenser son alimentation et son mode de vie. C’est faire des choix de consommation éclairés, éthiques, équilibrés.

Beaucoup de gens font le choix du bio ou de produits « plus sains » et c’est tant mieux. Pour eux, pour nous et pour notre planète. Ceci dit, le marché économique étant ce qu’il est, il profite aussi de cette nouvelle demande pour rejoindre cette clientèle croissante, tout en restant sur un mode industriel.

Les consommateurs veulent manger moins de gluten ? Pas de problème, on lance une nouvelle gamme de produits sans gluten, mais pleins de sucre, de conservateurs et de produits chimiques (et suremballés). Que cela permette aux personnes souffrant de la maladie coeliaque de varier leurs plaisirs, c’est tout à fait justifié, mais la taille de ce marché par rapport au nombre de personnes coeliaques montre que celui-ci n’est clairement pas destiné à ces personnes uniquement.

Comme nous le répétons dans nos cours, il faut changer notre schéma de pensée et se libérer de la production alimentaire industrielle intensive pour privilégier les filières écologiques et responsables; lire les étiquettes et s’informer de ce que nous mettons dans notre corps.

Un des fondamentaux de l’alimentation saine est de varier ses aliments. En variant son alimentation, on découvre par exemple d’autres grains que le blé, comme le sarrasin, l’amarante ou le millet, qui sont économiques, et on réduit de fait le gluten que l’on consomme. Le résultat est le même, mais il est moins cher et nous offre une meilleure santé.

Manger sainement, c’est changer sa manière de consommer :

 

  • Consommer plus de fruits et de légumes

    Et, ainsi, réduire les produits animaux, qui sont ceux qui coûtent le plus cher dans un panier d’épicerie. Plus il y a de légumes dans l’assiette, plus nous sommes rassasiés et nourris, et donc, nous réduisons les produits les plus chers.

    Est-ce que cela signifie de manger complètement végétarien/végétalien ? Pas forcément. Chacun peut y aller à son rythme. Manger végétarien ne signifie pas d’ailleurs manger sainement pour autant. Mais manger sainement signifie certainement un style de vie beaucoup plus végétal.

  • Acheter des fruits et légumes de saison

    En achetant de saison, on bénéficie de prix bien plus intéressants que de faire venir des fruits et légumes de loin par exemple. Non seulement on bénéficiera de plus de nutriments de ces fruits ou légumes arrivés à maturation, mais on pourra également acheter en gros en été puis les congeler, ce qui fonctionne très bien avec les petits fruits rouges du Québec par exemple. Chaque année, les producteurs sur les marchés offrent des caisses entières à des prix très compétitifs.

  • Réduire sa consommation de produits industriels en cuisinant soi-même

    Autres produits très dispendieux : les produits préparés industriellement. Que ce soit des biscuits, des tartinades, des lunchs ou des liqueurs, cela représente une grande partie du budget alimentaire. Faire soi-même toutes ces recettes, remplacer les biscuits industriels par des biscuits maison ou des boules d’énergie, ou les liqueurs par du kombucha ou du kéfir de fruits par exemple, en réduit vraiment le coût, et c’est TELLEMENT meilleur pour la santé et au goût.

  • Privilégier les filières plus biologiques et locales

    Une fois que l’on réduit les produits les plus chers comme les produits animaux ou les produits industriels, on peut se permettre de choisir des produits animaux issus de filières locales, plus éthiques et biologiques. Même si leur coût est plus élevé que les produits conventionnels, il est bien meilleur pour nous et pour notre portefeuille de consommer moins de quantité pour plus de qualité.

    Il nous restera également plus de budget pour les fruits et légumes biologiques. En passant par des producteurs locaux, des paniers bios par exemple (renseignez-vous auprès d’organismes comme Equiterre ou les Bio Locaux, en privilégiant les fruits et légumes poussant au Québec, cela est vraiment plus économique).

  • Acheter des produits entiers/complets, non raffinés

    En consommant des céréales, du sucre ou des huiles intégrales, on fait également des économies car on consomme en plus petite quantité des produits qui nous nourrissent bien plus. Les portions se réduisent et nous apportent plus de nutriments que les céréales raffinées ou l’huile raffinée.

    Dans beaucoup de recettes végétaliennes, des aliments paraissent chers au premier abord, notamment les noix. Toutefois, celles-ci se consomment en petites quantités. En effet, si les noix sont crues, leurs nutriments ne sont pas détruits à la cuisson, et comme nous conseillons toujours dans nos recettes de les tremper, leurs nutriments sont même démultipliés, elles sont donc beaucoup plus nutritives… et on en mange moins. De même, si dans beaucoup de recettes gourmandes, nous utilisons des noix, la base de notre alimentation doit rester les légumes et les fruits, soit les produits les moins chers de votre panier. Les noix se consomment de manière occasionnelle sous la forme d’un lait de noix (dont on garde la pulpe bien sûr pour de futures recettes, ce qui optimise le prix !) ou d’un dessert par exemple.

  • Acheter en vrac

    Un bon moyen de réduire ses dépenses est d’acheter en gros et en vrac. C’est bon non seulement pour notre portefeuille, mais également pour la planète puisqu’on utilise ses propres contenants. Et nous sommes chanceux au Québec car de plus en plus de possibilités s’offrent à nous tels que des groupes d’achat avec des prix très compétitifs (comme nos amis de chez NousRire) ou les épiceries en vrac (Loco ou Vrac & Bocaux par exemple pour les Montréalais). On peut également trouver des épiceries bios qui proposent de plus en plus de vrac.

  • Moins gaspiller

    Réduire ses dépenses passe aussi par une cuisine antigaspillage. Cuisiner ses écorces d’agrumes en confitures, ses fanes de légumes en bouillon et ses peaux de fruits bios en tisanes permet aussi de faire des économies.

 

Manger sainement, c’est aussi éviter les coûts cachés d’une mauvaise alimentation

Souvent, j’entends mes proches me dire « Je n’ai pas les moyens de manger sainement ». En réalité, ils n’ont surtout pas les moyens de manger n’importe quoi.

Une mauvaise santé peut nous coûter bien plus cher, tant au niveau personnel qu’au niveau de la communauté via nos taxes, d’où l’intérêt d’une approche préventive de la santé. Même si manger sainement coûtait plus cher, ce serait quand même un investissement pour notre santé et notre vitalité. Le temps passé à régler nos problèmes de santé serait aussi du temps bien mieux investi.

Et c’est bien sûr sans compter les coûts cachés de l’agriculture industrielle. Les grandes filières agricoles traditionnelles sont très subventionnées : leurs produits sont donc maintenus à des prix artificiellement bas car « leurs coûts réels (notamment sociaux et environnementaux) ne sont pas répercutés sur les prix en épicerie », selon Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, dans cet article de la Revue Projet. Mais au final, nous le payons de la même manière via nos impôts. Les coûts des dégâts issus de l’utilisation des pesticides sont également sous-estimés comme l’explique cet article du journal Le Temps.

En consommant des produits biologiques et issus de filières locales et responsables, on choisit aussi le système que l’on souhaite soutenir.

Enfin, l’alimentation saine peut aussi s’adapter à tous les budgets. Un budget élevé pourra offrir quelques « superaliments » de temps en temps, mais n’oublions pas que nous avons au Québec tout ce qu’il nous faut, et nous avons de plus en plus d’options qui s’offrent à nous : épiceries en vrac, achats de groupes, paniers bios… En les choisissant, on choisit la société que l’on veut pour demain. N’oublions pas que consommer, c’est voter.